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Pour un chanteur ou une chanteuse, le choix de la langue d’expression n’est pas anodin. En effet, il circonscrit de façon extrêmement précise la portée du message de l’artiste. Dans l’usage des langues, il faut distinguer les locuteurs natifs de ceux qui en font une usage minimal pour leurs activités.

En effet, si l’on analyse la liste des langues par locuteurs telle que la présente Wikipedia :

Liste des langues par nombre total de locuteurs, on remarque que la 1ère langue africaine est le Swahili (98 millions de locuteurs) suivie par le haoussa (63 millions). Les autres langues notables en Afrique noire et qui n’apparaissent pas dans la liste sont le Dioula, le pulaar, le Yoruba, l’amharique (Ethiopie)…

Alors que le succès planétaire d’une poignée d’artistes aux voix uniques et au charisme indéniable (Youssou Ndour, Papa Wemba, Richard Bona, Rokia traoré, Oumou Sangaré, Koffi Olomidé…)  pourrait laisser penser que la compréhension du message véhiculé par une chanson n’a pas d’importance, rien n’est moins vrai. Les artistes anglo-saxons ont un rayonnement mondial parce que l’anglais est devenu la langue internationale de facto. Si vous demandez votre chemin en Mongolie extérieure ou au Mozambique, il y a fort à parier que vous le ferez en anglais si vous ne connaissez pas les langues locales.

Il est une question capitale pour un artiste africain qui souhaite conquérir un large public et vivre de sa musique tout en véhiculant, il faut l’espérer, un message positif : qui achète les disques et quels sont les marchés qui permettent de rentabiliser un produit d’exportation comme la musique ? Force est de constater que le marché du disque déjà difficile en Occident est pratiquement mort en Afrique. Cette situation est rendue encore plus difficile par la multiplicité des ethnies et des langues qui ne facilitent pas l’internationalisation des     artistes.

Il en résulte que l’artiste qui souhaite toucher le plus grand nombre doit choisir avec soin la langue dans laquelle il ou elle chante. A fortiori s’il y a un travail poétique important comme l’on peut l’observer au Cameroun dans les textes de chanteurs comme les regrettés Eboa Lotin, Francis Bebey (chansons en Douala) ou, plus proche de nous, Etienne Mbappé ,Richard Bona…Il y a, dans le meilleur des cas, 20000 personnes capable de vaguement comprendre la complexité du douala tel que l’utilise Richard Bona dans ses chansons. Fort heureusement, il a cette voix d’ange pour nous faire croire à tout ce qu’il chante même si l’on ne comprend pas un traître mot ! 🙂

Il convient  donc de se demander si Fela ou Bob Marley aurait eu cet impact mondial si  l‘un avait chanté en Yoruba tandis que l’autre le faisait exclusivement en créole jamaïcain (patwa).

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Dès lors que l’on parle de musicologie et d’Afrique, on se doit de dire ethno-musicologie ! Comme si la musicologie occidentale (l’analyse des quatuors ou sonates de Beethoven ou des suites de Bach) n’était pas, par essence, ethnique et eurocentrique.

Hormis l’exemple rare, l’arbre qui cache la forêt, de musiciens responsables qui documentent et s’évertuent à publier un témoignage de leurs recherches et innovations (Christian Bourdon, Aladji Touré, Mokhtar Samba), il est incroyable de penser que le premier livre un peu documenté sur le Sabar sénégalais et sur le Mbalax , son avatar moderne, est celui de Patricia Tang, une chercheuse du MIT !

Le travail de la plupart des musiciens africains de ces 50 dernières années peut se résumer  en deux approches scientifiques complémentaires :

  • Réappropriation et promotion d’un patrimoine ancestral dans la facture d’instruments (Ngoni, Kora, Balafons, tambours innombrables, mvet, arc de bouche, Kalimba…) et la musique (chants et mélodies anciennes…)
  • Transcription de rythmes et mélodies africaines sur des instruments modernes et/ou européens (guitares électriques, guitares basses, drumset, saxophones, trompettes,…)

Il importe que les artistes qui excellent dans ces approches les documentent au plus vite (ou se fassent accompagner pour le faire). Les occidentaux ont si bien compris cette nécessité de transmission qu’il n’est pas d’expert quel que soit le domaine qui n’ait laissé au moins des mémoires expliquant un peu son travail. Les américains sont très en avance là-dessus et sont l’exemple à suivre. Si l’on veut que la prochaine génération d’artistes africains soit de niveau mondial, il va falloir un peu paver le chemin.

Aujourd’hui avec Internet, la publication d’un texte est à la portée de tout le monde (Amazon, blogs,…).

Des monuments musicaux comme Habib Faye, Jimi Mbaye, Toto Guillaume, Eko Roosevelt, Manu Dibango, Youssou Ndour, Etienne Mbappé, Richard Bona, …et j’en oublie beaucoup, nous doivent des livres explicitant leurs recherches.

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  1. C’était un autodidacte comme la plupart des musiciens africains.
  2. C’était  d’abord un percussionniste. Toute sa musique est une célébration débridée de tous les rythmes. L’articulation insolite de ses solis de guitare est une leçon en soi
  3. C’était un esprit libre et engagé ! Au delà de textes célébrant la femme et la vie, les jeunes ont besoin d’inspiration et les artistes ont cette responsabilité
  4. C’était un voleur comme tous les grands artistes ! Cela veut dire pas de limites ni tabous musicaux. Il n’hésitait pas à intercaler un long arrangement du boléro de Maurice Ravel (à l’instrumentation inédite) au milieu d’un morceau de Rock déjanté
  5. C’était un musicien éclectique qui abordé sans crainte tous les styles de musiques du XXème siècle (Rock, Funk, Blues, Jazz, musique savante contemporaine…)

https://en.wikipedia.org/wiki/Frank_Zappa

 

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Le festival Badara qui se tient pendant une semaine fin Janvier à Bobo Dioulasso au Burkina Faso, est une trouvaille de génie née de la nécessité. Koto Brawa a su créer un festival d’un genre nouveau qui, loin d’essayer de programmer des artistes prestigieux et souvent dispendieux, propose au contraire de mêler artistes confirmés et jeunes pousses locales pour créer de la musique et la restituer lors du concert de clôture qui a généralement lieu soit à l’institut français soit à la Villa Kambou.

Il attire chaque année parmi la fine fleur des musiciens Burkinabés ainsi que quelques étrangers de talent.

Le festival poursuit plusieurs objectifs :

  1. Distribuer : Collecter du matériel de musique (instruments, amplificateurs, sonos, cordes, accessoires, partitions…) pour permettre aux musiciens locaux de travailler dans de meilleures conditions
  2. Créer : Organiser des ateliers de création musicale mélangeant des musiciens étrangers et des artistes burkinabés. Le résultat de ces ateliers sera restitué  lors du concert final  de clôture
  3. Jouer : Des Jam sessions sont organisées dans différents lieux de Bobo-Dioulasso
  4. Partager : de mini-conférences  d’une heure sur des sujets techniques comme l’improvisation modale ou la pratique des instruments jusqu’à la méditation appliquée à la musique permettant d’enrichir les artistes en montrant des directions nouvelles ou inusitées

Sur les 7 jours du festival, une journée type de Badara se déroule comme suit:

  • 10:00-18:00 : Ateliers de création musicale (2 ou 3 groupes de musiciens) travaillant dans différents lieux de Bobo-Dioulasso
  • 19:00-20:00 : Conférences
  • 20:00 – 21:00 : Dîner des artistes
  • 21:00 – 01:00 : Jam Sessions

Une journée est laissée libre pour se reposer et visiter la région. Le concert de clôture au Centre Culturel Français verra se succéder sur scènes les différents groupes qui présenteront leurs créations. Un enregistrement de ce concert sera distribué sous forme de CD (aux généreux contributeurs)  ou d’accès libre en téléchargement sur le site du Festival pour les autres

Des villas sont louées pendant la durée du festival, en fonction du nombre d’artistes participants. Des voitures seront également disponibles pour assurer les déplacements des artistes.

Le résultat net de ce festival est un enrichissement mutuel des artistes étrangers et burkinabés aux travers des échanges, des liens forts d’amitié et d’affinité artistique qui se créent et toute  l’activité culturelle de la région qui s’en trouve renforcée.

La leçon à tirer de cette manifestation est son faible coût au regard du bénéfice qu’en tire le Burkina-Faso. Ceci est à opposer à d’autres manifestations dans le continent qui attirent des stars à des prix exorbitants pour des concerts uniques souvent réservés à une clientèle d’expatriés  et de privilégiés locaux. Lorsque le smic est à 50 € dans un pays, organiser un concert à 120 € la place est une aberration.

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A l’heure où un enfant armé d’un Iphone (ou de tout autre smartphone et de quelques accessoires) peut réaliser des films complètement bluffants de virtuosité technique Iphone Fims festival, il reste très difficile de produire des séries télé de qualité en Afrique de l’Ouest francophone. Avec d’autres facteurs politiques et culturels, la raison tient essentiellement au manque d’écoles de cinéma et d’art dramatique. Il est impossible d’avoir un cinéma et une télévision de qualité s’il n’y a pas de structures correctes de formation d’acteurs, scénaristes, réalisateurs, monteurs…

Internet et la numérisation des appareils photo permettent de changer la donne pour peu que les états africains s’en donnent les moyens. D’abord, la puissance de calcul que l’on trouve aujourd’hui dans le moindre appareil photo reflex est phénoménale. Des blockbusters hollywoodiens sont filmés avec des appareils photo grand public largement accessibles à un amateur  Movies shot with a DSLR. Ensuite, Internet a complètement bouleversé les modes d’apprentissage. Il est possible d’apprendre n’importe quoi sur YouTube voire sur des plateformes de Formation en ligne comme Coursera.

Il importe de donner les moyens de se développer à des jeunes qui rêvent de cinéma et mettant à disposition du matériel et des outils leur permettant de se former. Avec moins de 2000 € de matériel, il est possible de faire des films de qualité internationale. On peut construire des Clônes d’ordinateurs Apple permettant à moindre coût d’avoir des plateformes de montage correctes.

L’accessibilité du matériel n’étant plus un obstacle insurmontable, qu’est ce qui freine l’expression de la créativité des jeunes cinéastes africains ? Les techniques d’écriture et organisationnelles ! La maîtrise de la logistique d’un film (ou d’une dramatique télévisuelle) est une compétence acquise dans les écoles de cinéma (plan de tournage, story board, repérage, budget…).

Néanmoins, l’écriture de scripts reste la compétence cruciale à acquérir sans laquelle rien n’est possible. Il existe des cours et des modèles de scripts sur Internet.

En résumé, même si un jeune cinéaste peut arriver, difficilement, à se former et à acquérir du matériel, tant qu’il n’y aura pas de politiques actives en Afrique pour supporter les arts, rien ne sera possible.

De la même façon que le goupillon accompagnait le sabre, l’impérialisme moderne ne se limite pas à l’économie. L’essor des cinémas asiatiques (Corée, Chine,…) procède de la volonté des gouvernements de ces pays de promouvoir leur culture et leur histoire. La Corée du Sud est un modèle de ce point de vue.

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african folk music, musiques ethniques

La mondialisation n’a pas que de  mauvais côtés. Alors que l’Occident (les USA en tête), déplore la fuite des emplois industriels vers la chine et le reste de l’Asie, il est un secteur où cet exode a apporté un énorme bol d’air frais : la facture d’instruments de musique !

Pour comprendre ce phénomène, il faut se rappeler que,  dans les années 60, les Toyota étaient des voitures de très bas de gamme souvent utilisées comme taxis en Afrique ! Voici  que 30 ans plus tard, elles sont aussi prisées que les Audi ou les Mercedes. Il en va de même pour les pianos ou cuivres asiatiques qui ont réussi à faire jeu égal avec les Steinway et Bosendorfer pour les uns voire à presque dépasser les modèles occidentaux comme les saxophones Yanagisawa et Yamaha (versus Selmer, Keilwerth…). Et que dire des guitares Ibanez, conçues en Corée du sud (versus Fender, Gibson…)

Il s’avère qu’avec la numérisation croissante des procédés industriels, les instruments de musique qu’ils soient de basse ou de moyenne catégories sont produits en Chine dans les mêmes usines sur les mêmes machines. Concrètement, un violon d’étude à 1000 € est produit dans la même usine et souvent, avec les mêmes machines, que des modèles à 80 €. Ces derniers auront évidemment des bois, cordes et archets de moins bonne qualité. Mais la standardisation aidant, ces instruments, une fois correctement réglés, sonnent de façon satisfaisante. Il en va de même pour la plupart des instruments classiques européens (clarinettes, saxophones, trombones, violoncelles, guitares…).

Dans le même temps, Internet a bouleversé en profondeur la manière dont nous communiquons (Facebook, Whatsapp,…), consommons (Amazon, AliBaba…) et apprenons (Youtube, Coursera,…). Il devient ainsi possible d’apprendre à peu près ce que l’on veut sur Internet pour peu que l’on puisse y accéder avec des temps de réponses acceptables.

En Afrique, l’une des principales difficultés que rencontrent les jeunes musiciens est le déficit d’écoles (ou conservatoires) pour se former (a fortiori, gratuitement) et la pénurie de matériel (instruments, accessoires…). La guitare étant souvent l’instrument le plus accessible, il y a donc une disproportion énorme entre le nombre de guitaristes et bassistes (électriques) par rapport aux autres instruments de l’orchestre. Ce manque de formation musicale théorique a pour conséquence une stagnation dans la qualité des compositions qui pèchent souvent par manque de construction et de sophistication. Il n’est que de comparer les musiques brésiliennes ou cubaines avec les productions africaines pour constater à quel point l’écart reste grand. L’équivalent de Heitor Villa Lobos ou Antonio Carlos Jobim (Brésil) , Astor Piazzola (Argentine), Ignacio Cervantes ou Manuel Saumell (Cuba) ou Agustin Barrios Mangoré (Paraguay) n’existe pas encore en Afrique Subsaharienne.

Alors, que proposer en lieu et place des états qui ont failli à leurs missions régaliennes ? Est-il possible que des initiatives privées soient efficaces et produisent des résultats durables ? La réponse à ces deux questions est évidemment Oui !

En s’inspirant de Jose Antonio Abreu qui a fondé et dirigé le programme El Sistema au Venezuela, il est possible de semer des graines qui révolutionneront le paysage musical et artistique en Afrique.

NZOLEX se propose de monter des « coups » ponctuels dans différentes villes d’Afrique de L’ouest pour lancer la pratique d’instruments sous-représentés tels que cuivres, cordes et anches. L’idée, qui est très simple, se fonde sur le mode de transmission des connaissances qui reste fondé sur l’oralité en Afrique. En clair, un musicien formé sur un instrument va spontanément transmettre à d’autres du fait du mode de vie communautaire et ouvert.

Il s’agira  de recruter un professeur de musique (Flûte traversière, violon, Violoncelle, composition, harmonie, solfège…) qui résidera un mois dans une ville en Afrique et initiera entre 10 et 20  pratiquants sur son instrument durant cette période. Ces pratiquants devraient avoir au moins 2 ans de pratique instrumentale pour ne pas partir de zéro et auront un per diem pour leur transport et repas. Il ne s’agit pas ici de compresser dix ans de conservatoire en un mois mais de donner les bases de la technique instrumentale permettant à un musicien motivé de continuer à se développer seul dans sa culture musicale.

Une ébauche de budget de ce type dans une capitale comme Dakar ou Cotonou pourrait se décliner comme suit pour 20 stagiaires :

Le suivi des progrès continuera à se faire par mail ou forum avec des points éventuels en visuel avec le professeur sur Skype, Google Hangout ou Whatsapp.

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